Mes ancêtres et la Grande Guerre (1ère partie)

Publié le 1 Mai 2016

J'ai décidé de dédier cet article à mes ancêtres qui ont participé à la Grande Guerre. Au début, je ne connaissais que le site « Mémoires des hommes » pour trouver des indices. Depuis, j'ai renforcé ma méthodologie et j'ai élargi mon cadre de recherche aux parents et à la famille proche de mes ancêtres, en utilisant principalement les fameuses fiches matricules et les journaux d'unités.

Du côté maternel, j'ai connaissance de cinq participants à la guerre et, plus précisément cinq décès. Je n'ai réalisé une recherche dans les fiches matricules que pour deux individus, détaillés ici, Claude François et Michel Lucien Giraud.

 

Du côté paternel, il y a huit participants à la guerre, dont six décès, dans l'état actuel de mes recherches. Pour mes deux ancêtres directs, survivants, je vais rentrer dans les détails de leur parcours.

 

Je vais parler dans cette partie uniquement du côté maternel.

1. Côté maternel

C'est la famille François qui compte le plus de décès. Deux frères de mon arrière-arrière-grand-mère, Marguerite François (née en 1875), l'aînée d'une fratrie de cinq. Les deux autres « morts pour la France » sont des cousins de mon ancêtre.

Dès lors, l'impact psychologique a du être terrible pour Marguerite François et son époux Jean Giraud. Ils vont perdre un de leur fils au combat. Marguerite perd donc aussi deux frères et deux cousins. 

Les décès lors de la Grande Guerre, membres de la famille François (Geneanet, 01.05.2016). En noir, les décès et en rouge, mes arrière-arrière-grands-parents.

Les décès lors de la Grande Guerre, membres de la famille François (Geneanet, 01.05.2016). En noir, les décès et en rouge, mes arrière-arrière-grands-parents.

a) La famille François

La famille François est originaire de Sauvain, une petite commune de la Loire. Mon ancêtre le plus ancien est Antoine François, né vers 1684. Il faut attendre les années 1880 pour que ses descendants s'installent à Marcilly-le-Pavé. Ils restent une génération dans la commune avant de partir sur Montverdun, toujours dans la Loire. Au final, ils ont parcouru une vingtaine de kilomètres. 

 

Les parents de Marguerite se marient à Marcilly et leurs enfants y naissent. Marguerite épouse Jean Giraud dans cette commune en 1893. Mais leur aînée, Marie, est née à Montverdun en octobre 1892, ce qui laisse penser qu'ils ont déménagé aux alentours de cette date.

Les communes occupées par la famille François au fil du temps (fin XVIe-début XXe). (Geoportail, 01.05.2016)

Les communes occupées par la famille François au fil du temps (fin XVIe-début XXe). (Geoportail, 01.05.2016)

b) Claude François (1888-1916)

Des quatre François morts lors de la Grande Guerre, je vais parler de Claude François, né le 12 mars 1888 à Marcilly-le-Pavé. Son père, Michel, est né à Sauvain en 1856. C'est un ouvrier agricole. Mentionné comme cultivateur dans certains actes, je me suis aperçu qu'il n'était que domestique, travaillant dans les fermes. Qaunt à sa mère, Antoinette Brunel, elle est décédée le 9 avril 1888, peut-être des suites de l'accouchement.

 

Claude a donc vécu dans un environnement familial déjà endeuillé. Dès 1890, son père épouse en seconde noce Antoinette Chapuy. Elle donne naissance à un fils, Etienne, le 12 août 1892 à Marcilly-le-Pavé. Là-encore, le sort s'acharne sur la famille. Antoinette décède en novembre de la même année. Je n'ai trouvé aucune explication rationnelle à cette mort. Maladie ? Accident de travaill ? Antoinette était également ouvrière agricole.

 

Toujours est-il que Claude effectue son service militaire de 1909 à 1911, au 79e régiment d'infanterie. Sa fiche matricule est très intéressante pour connaître sa vie d'avant le service militaire. Lors de son service, il habitait à Paris, dans le 1er arrondissement. Il exerçait la profession de domestique. Il a été condamné en juillet 1908 à deux mois de prison et 25 francs d'amendes pour vol par le tribunal de la Seine. Je ne sais pas s'il a purgé sa peine, car sa fiche matricule mentionne qu'il a été amnistié pour ce délit du fait de son décès.

 

En janvier 1912, après son service, il loge dans un hôtel du 2ème arrondissement de Paris, rue Tiquetonne. En décembre de la même année, il habite à Fontaine, près de Grenoble, dans le restaurant Saudraz. Peut-être est-ce aussi son lieu de travail, s'il continue à être domestique ? Enfin, en juillet 1914, peu avant la mobilisation, il déménage à Lyon, rue Leclerc, demeurant chez une certaine Mme France.

 

Il est mobilisé dès le 3 août, incorporé au 16e régiment d'infanterie sous le matricule 733. En février 1916, il est nommé caporal. Quant à son décès, c'est un peu flou. Sa fiche de décès, sur le site « Mémoires des hommes », mentionne le 8 mars 1916, des suites de blessures de guerre. Sa fiche matricule ajoute qu'il est grièvement blessé lors des combats du Bois aux Corbeaux. Il ne semble obtenir la mention de Mort pour la France que le 11 mai 1916.   

Fiche de décès de Claude François (Mémoire des Hommes, 04.05.2016)

Fiche de décès de Claude François (Mémoire des Hommes, 04.05.2016)

Le parcours de Claude est assez triste et émouvant à la fois. Domestique à Paris, vivant pauvrement, il est condamné pour vol. Après son service militaire, il ne fait plus parler de lui sur le plan judiciaire. Il devient caporal au cours de la guerre et semble être apprécié par sa hiérarchie. Il obtient la croix de guerre (étoile bronze), mais aussi la Médaille militaire à titre posthume, comme mentionné au Journal officiel du 27 septembre 1922. Sa fiche matricule ajoute : « Caporal très courageux et très dévoué ».

 

Enterré à Blercourt, lieu de son décès, il a encore subit des déboires après sa mort. En 2010, la municipalité de Nixéville-Blercourt décide d'exhumer les corps des 60 poilus occupant le cimetière civil, sous prétexte de faire de la place, afin de les regrouper dans une fosse commune. Une démarche qui a scandalisé les milieux généalogiques à l'époque. Un cimetière militaire très longtemps oublié, notamment par la mairie qui ne l'a jamais entretenu comme il fallait. Il n'a pas été transféré à Ville-sur-Cousance lors de la rénovation du cimetière civil car ses restes n'appartiennent plus à l'Etat, mais à sa famille, qui a décidé d'en assumer les frais à son décès. Or, il n'a plus de famille directe, faute de descendant.


Claude François n'est même pas recensé dans les sépultures de guerre sur le site « Mémoires des hommes ».
 

Le carré militaire de Blercourt en 2009 (photo : Frédéric Radet).

Le carré militaire de Blercourt en 2009 (photo : Frédéric Radet).

En 2010, déménagement des tombes des soldats morts pour la France lors de la Grande Guerre.

En 2010, déménagement des tombes des soldats morts pour la France lors de la Grande Guerre.

Monument et fosse commune de Blercourt en 2015 (Wikipédia, 04.05.2016)

Monument et fosse commune de Blercourt en 2015 (Wikipédia, 04.05.2016)

Sur les frères de Marguerite je n'ai pas encore poussé les recherches aussi loin que pour Claude François, donc je préfère parler de Michel Lucien Giraud, fils de Jean et Marguerite. C'est le frère de mon arrière-grand-père. C'est aussi le premier Mort pour la France de ma famille auquel je me suis intéressé, et cela très tôt. 

c) Michel Lucien Giraud (1897-1917)

Michel est né le 7 janvier 1897 à Montverdun. C'est dans la commune de Montbrison que Michel est mobilisé en janvier 1916. Il intègre le 3e régiment de Zouaves le 8 janvier 1916 à Sathonay, camp militaire près de Lyon. Tout cela est précisé dans sa fiche matricule.

Extrait de la fiche matricule de Michel Giraud (A.D.L, Matricules numéros 1 à 500 - 47NUM_1R1706 - 1917)

Extrait de la fiche matricule de Michel Giraud (A.D.L, Matricules numéros 1 à 500 - 47NUM_1R1706 - 1917)

Cette fiche matricule donne des indications intéressantes qu'il est parfois impossible d'avoir ailleurs. Pour Michel, j'ai appris qu'il était cultivateur, ce que je ne savais pas. Sur le plan physique, il mesurait 1m66, avait les cheveux châtains et les yeux de même.

Michel a été appelé par anticipation pour faire face au risque de manque d'hommes. Ainsi, au lieu d'être mobilisé en octobre 1917, il l'est en janvier 1916, soit un an et demi avant, quasiment le jour de son dix-neuvième anniversaire.

Michel est tué à Samogneux, dans la Meuse, le 25 novembre 1917, lors des derniers combats de la bataille de Verdun pour la reprise de la côte 344. Je vous laisse lire ce qui est indiqué dans l'historique de son régiment.

Extrait de l'historique du 3e régiment de Zouaves (mort de Lucien Giraud)

Extrait de l'historique du 3e régiment de Zouaves (mort de Lucien Giraud)

Carte de la région de Samogneux (côte 344) en 1917.

Carte de la région de Samogneux (côte 344) en 1917.

Michel est resté soldat de 2ème classe durant toute sa durée sous les drapeaux. Sa fiche sur le site « Mémoires des hommes » confirme les informations et ajoute que le décès a été transcris en 1918 à Montverdun.

Fiche de décès de Michel (mémoires des hommes)

Fiche de décès de Michel (mémoires des hommes)

Son nom figure sur le monument aux morts présent dans l'église de Montverdun. Contrairement à Claude, ses restes reposent depuis 1917 dans la nécropole de Bras-sur-Meuse, tombe individuelle n°2141.

Monument aux morts dans l'église de Montverdun (photo de S. Levacher le 21 juillet 2014)

Monument aux morts dans l'église de Montverdun (photo de S. Levacher le 21 juillet 2014)

J'espère que cet article aura montré mes méthodes (communes avec de nombreux généalogistes). Il n'a pas été facile de choisir entre les Morts pour la France de ma famille. Il aurait été trop long de parler de tous, j'ai donc privilégié ceux que je connaissais le mieux. Il s'agit aussi des histoires que j'ai trouvé les plus émouvantes.

La seconde partie sera consacrée à ma branche paternelle.

Rédigé par Simon Levacher

Publié dans #Grande Guerre, #côté maternel

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Jacques Dessetenne 01/12/2016 22:58

Bonjour
Je suis en train modestement de retracer nos ancètres côté Giraud. Ma maman était Marguerite Etiennette Giraud.(1922 Paris) fille de Jean Marie Porcaire Giraud (1887Montverdun) lui même fils de Jean Giraud et Magdeleine Rey (Montverdun) . Je suis en train de remonter les épouses de Jean (1852) . fils de .... Jean et de Milliel Françoise. Bravo pour vos recherches .

Simon Levacher 04/12/2016 14:18

Bonjour,

Merci pour votre commentaire. Je suis très heureux d'apprendre l'existence d'une descendance concernant ce mariage et serais enchanté de pouvoir en discuter plus longuement.